Arbres, je vous rends hommage.

L’arbre est un symbole et un des thèmes symboliques les plus riches et les plus répandus. En dépit de son apparente inertie, il représente un symbole de vie en perpétuelle évolution, en ascension vers le ciel : c’est un symbole de verticalité, de stabilité.

Il incarne aussi le caractère cyclique des saisons : symbole de mort et de renaissance et aussi de continuité.

Tout comme dans la métaphore du lotus, bien connue en yoga, il met en relation l’invisible et le visible, et il relie les éléments. L’invisible à nos yeux  puisque ses racines souterraines plongent dans la terre et que l’eau de sa sève circule secrètement. Le visible et l’aérien car son tronc s’élève dans l’air et sa cime se déploie dans le ciel. C’est un symbole du rapport entre le ciel et la terre, un symbole de force tranquille.

Il y aurait beaucoup à dire, en visitant les différentes traditions du monde, en s’intéressant à une espèce particulière. Pour rester en lien avec la patrie du yoga, je vais évoquer les arbres et la dévotion qui leur est rendue en Inde.

L’origine remonte à la civilisation védique où la nature était vénérée, les rivières, les montagnes, les grottes étaient des déesses, les arbres des puits de vie. Tout naturellement, l’arbre a gardé son importance dans l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, traditions qui ont éclos sur ce terreau. D’après les Puranas qui sont des textes qui traitent de légendes, de mythes, mais aussi de réflexions poussées comme en médecine. Les arbres y sont décrits comme étant capables de connaître le bonheur et de ressentir du chagrin.

La vénération des arbres est très commune en Inde. Dans ce continent où l’urbanisme est en pleine évolution, il n’est pas rare de voir une manifestation pour « défendre un arbre» qui risque d’être abattu, car se trouvant au milieu d’une nouvelle route. Cela aboutit parfois à des situations cocasses, où l’arbre se retrouve finalement au milieu de la chaussée. Lorsque l’on regarde, en ville, on voit des murs de clôture non achevés ou en train de tomber, il faut se retenir d’avoir un jugement hâtif sur cela, en effet les arbres traversent les murs et il ne viendrait à l’idée de personne, de couper l’arbre. Certains temples sont construits autour d’arbres.

Dans les campagnes il est courant de voir des arbres entourés d’écharpes de couleurs. En s’approchant, on peut remarquer de petites statues coincées dans leurs branches ou leurs racines. On voit également de petits autels, souvent assez discrets au pied d’arbres, ils sont là pour vénérer les esprits de la nature (les yakshas) qui habitent l’arbre. En les honorant ainsi les villageois espèrent s’attirer les bonnes grâces de ces esprits. Ils sont un symbole de fertilité, et avant un mariage, la future épouse se marie d’abord avec un arbre avant d’épouser son époux.

Certains textes hindous relatent que Garuda (l’oiseau mythique, véhicule de Vishnu) aurait renversé quelques gouttes de l’élixir d’immortalité sur la terre alors qu’il s’envolait vers les cieux et qu’un arbre aurait poussé, né de cet élixir. L’arbre de vie reprend la triade hindoue, les racines sont Brama, le tronc est Shiva et les branches Vishnu.

Il y a plusieurs espèces d’arbres qui sont très sacrées. Le premier, le neem est habité par la déesse de la médecine Dhanvantari, ses feuilles sont utilisées en poudre ou en décoction dans la médecine ayurvédique.

Le deuxième est le banian, arbre insolite. Ses branches aériennes tombent au sol et s’enracinent à leur tour. C’est l’arbre national de l’Inde, symbole de longévité.

Banian Auroville Inde

Le pipal ou ficus religiosa, ou encore l’arbre de la Boddhi, est connu car c’est à son pied que le futur Bouddha est venu méditer. Il est aussi honoré par les Hindous pour être le domicile terrestre du dieu Vishnu. Pour en savoir plus sur l‘arbre de la Boddhi, vous pouvez lire l’article, c’est ici.

A l’heure où les Nations Unies incitent les métropoles à planter des arbres pour freiner le réchauffement climatique, honoronsles comme une ressource inestimable pour absorber la pollution. Ils nous offrent leur cime et fournissent l’ombre faisant baisser la température. La nature nous offre des climatiseurs géants.

Il est temps de les mettre au cœur de nos vies, de les mettre au centre de notre corps, toute la pratique du yoga est là pour nous aider. Il y a un sens à déceler entre les arbres, les saisons, comme un accord préétabli entre l’Homme et l’Univers. A nous, par la pratique, de nous mettre en symbiose avec lui, dans cette unité foisonnante, retourner vers l’essence.

Namasté

Annie