Ganesh le dieu mi-homme mi-éléphant

                   Ganesh

Il existe, en Inde un amour particulier pour le personnage, mi-homme mi-animal qui s’appelle Ganesh. J’ai eu la chance d’assister aux fêtes qui sont données en son honneur et je dois dire que je suis tombée sous le charme de cette divinité.

La fête dure une dizaine de jours, elle a lieu pendant le mois de Badhra ou Bhādrapad, sixième mois du calendrier hindou, qui correspond environ à la période du 20 août au 15 septembre. Des représentations du dieu de toutes les tailles sont conçues en plâtre, en fibre de coco et sont couvertes de peinture ; on en trouve à acheter partout dans les rues. Plus on avance vers le début des festivités et plus on sent monter une sorte de fébrilité. Le Jour J, des centaines de Ganesh sont portés à travers les rues, des défilés s’organisent à grand renfort de sono (et la sono à l’indienne, c’est quelque chose), chacun fait des offrandes de fleurs, d’encens, partout des noix de coco sont cassées. Chaque passage d’une représentation de Ganesh est une promesse de prospérité pour les habitants, donc tout le monde est dans les rues. Le clou de la fête a lieu au moment de l’immersion des statues de plâtre ou d’argile, de l’année précédente, dans un point d’eau (lac, rivière, mer…), avant la tombée de la nuit.

Alors qui est-il ?

Tout d’abord sa naissance, enfin l’un des mythes de sa naissance, car l’Inde regorge d’histoires et d’anecdotes pour ces dieux multiples.

Ganesh est le fils de Parvati, l’épouse de Shiva (l’un des trois dieux principaux) qui l’a eu seule, et oui il n’y a pas que dans notre tradition que cela arrive. Shiva est parti médité, comme c’est un dieu sa méditation dure, dure très longtemps. Seule, Parvati s’ennuie et décide de se créer un enfant. Elle récupère une terre spéciale, des onguents, de l’eau du Gange, et des squames de sa peau, et voilà qu’un jeune garçon demi-dieu apparaît, qui peut ainsi lui tenir compagnie.

Un jour, Parvati souhaite prendre un bain, elle demande à son fils de garder la porte de sa maison, de ne laisser entrer personne sous aucun prétexte. Or, Shiva est enfin sorti de sa méditation et décide de rentrer chez lui. Il se présente devant la porte et se trouve nez à nez avec un jeune garçon qui lui empêche le passage. Shiva furieux de se voir ainsi interdire l’entrée, sort son épée, et d’un seul geste coupe la tête du garçon. Entendant du bruit Parvati sort de son bain et découvre son fils décapité, elle raconte à Shiva l’histoire de la naissance de cet enfant, tout d’abord inconsolable, elle entre alors dans une fureur : et une fureur de déesse, c’est quelque chose ! Elle menace de détruire toutes les forces du ciel et de la terre, si son fils ne renait pas sur le champ. Or dans la tradition indienne, rien ne peut s’opposer à la puissance de la parole, même lorsque est proférée en état de colère. Shiva tout dieu qu’il est, n’en mène pas large. Pour apaiser Parvati et aussi sauver l’ordre du monde qui est menacé, il promet de remplacer la tête du garçon par celle de la première créature qui se présenterait à sa vue. Ce fut un éléphanteau. Après lui avoir ainsi redonné la vie Shiva reconnaît Ganesh comme son propre fils.

     Les différentes représentations

 Ainsi, dès le début de sa vie Ganesh est celui qui calme les querelles, qui lève les obstacles. C’est un demi-dieu bienfaisant extrêmement populaire, c’est le protecteur de la maison, le gardien des portes. Dans certaine région de l’Inde il est peint devant chaque maison. Il n’y a pas une seule habitation sans Ganesh. Il est prié pour les succès d’une entreprise, lorsqu’on débute un chantier, une maison, une affaire. On le retrouve dans les camions, les tuk-tuks.

Ainsi, nous trouvons Ganesh avec un gros corps d’enfant, possédant une tête d’éléphant il est le plus souvent assis, sur un trône de lotus, la jambe gauche repliée, la jambe droite pendante, dans une posture décontractée. Comme tous les Dieux il dispose d’une monture pour se déplacer, ici il s’agit d’une souris ; la petite histoire dit qu’une souris gigantesque terrorisait tout son entourage, Ganesh l’attrapa avec son lasso et en fit sa monture.

Généralement, il a quatre bras toutefois dans certaines représentations anciennes il n’en a que deux et cela peut aller jusqu’à seize. La plupart du temps les quatre bras de Ganesh arborent une défense, une hache, un lotus fermé et un bol rempli de friandises sucrées. Il peut y avoir aussi, l’aiguillon à éléphant, le serpent, le trident, le nœud coulant (lasso) ou encore le mala (sorte de chapelet).

Sur la tête d’éléphant il n’y a qu’une seule défense. Pourquoi une seule défense ? L’une des versions est que Ganesh aurait brisé volontairement sa défense pour remplacer son stylet lors de la dictée du Mahabharata, la grande épopée hindoue qui raconte en 18 livres l’histoire d’une rivalité dynastique entre les deux branches d’une famille royale. Ce qui vaut à Ganesh d’être la divinité des études, des gens de lettres et des artistes. C’est pourquoi, on le trouve parfois allongé sur un sofa, un livre ouvert devant lui : le Mahabharata.

Il peut aussi être représenté dansant, activité qu’il affectionne malgré son poids, comme son père Shiva lorsqu’il se transforme en roi de la danse Nataraja.

     La symbolique

Selon Alain Danielou*, Ganesh nous renvoie à l’identité du microcosme et du macrocosme, le concept que l’homme est à l’image du cosmos. Le principe du divin doit être présent dans notre esprit chaque fois que nous entreprenons quelque chose. C’est pourquoi, en Inde il est dit que Ganesh doit être sollicité et prié le premier, il est donc invoqué au début de chaque cérémonie hindoue. Il est un homme mais son esprit est à l’image du cosmos, il peut donc, par la puissance de la pensée, écarter les obstacles de l’ignorance et comprendre la nature de l’univers.

Son unique défense est le symbole de l’unicité et de la transcendance.

Son ventre est bien dodu, car il représente l’univers, sa capacité à absorber les problèmes de celui-ci.

Il a quatre bras en référence aux quatre voies traditionnelles de la connaissance (jnana yoga, bhakti yoga, karma yoga et raja yoga), mais également en rapport aux quatre védas : le Rig-Veda (Veda des stances à la louange des dieux), le Yajur-Veda (Vedas des formules rituelles), le Sâma-Veda (Veda des chants et des mélodies) et l’Atharva-Veda (Veda d’Atharvan).
Ces quatre bras représentent les quatre outils du corps subtil, à savoir : manas (l’instrument de l’ego qui pense, juge à travers les sens), buddhi (capacité d’intelligence, d’éveil), ahamkara (moi, ego), chitta (la structure inconsciente).
 

Les objets que Ganesh tient dans ses mains sont symboliques et relatifs à ses fonctions. Certains de ces attributs peuvent être considérés comme des armes, destinées à combattre des forces négatives ou des forces d’ignorance.

La hache (parashu)
Il la tient souvent dans sa main droite supérieure. La hache est héritée de Shiva son père. En sa qualité de « Seigneur qui lève les obstacles », Ganesh est doté d’une arme puissante qui tranche et qui abat. La hache symbolise la destruction de tous les désirs et attachements, ainsi que de l’agitation et du chagrin qu’ils provoquent que le pratiquant rencontre sur son chemin.

Le lasso (pasha)
Ganesh tient un nœud coulant, un lasso, pour capturer l’erreur, l’ennemie des chercheurs de Vérité.

Le lotus, symbole de l’éveil.

Le gâteau (modaka)
Le gâteau de friandise est le plus célèbre des attributs de Ganesh tenu le plus souvent par sa main gauche inférieure. La trompe de Ganesh, lorsqu’elle est recourbée vers la gauche est en contact avec cette friandise dont Ganesh raffole. Le modaka, c’est la récompense du chercheur de Vérité progressant sur le chemin spirituel. Les offrandes représentent les germes de tous les univers contenus dans l’énorme ventre de Ganesh, elles peuvent être aussi, le symbole de la sagesse suprême (mahâbuddhi).

La défense nous en avons parlé plus haut.

L’aiguillon à éléphant (ankusha) symbole de sa maîtrise sur le monde.

Le Mala (akshamala)
le mala à 50 graines de rudraksha, correspond aux 50 lettres de l’alphabet sanskrit et par conséquent, symbolise le son et l’ouïe.

La Souris (mushaka

La monture de Ganesh est un rat ou une souris située au pied de son Maître, dans une attitude de prière, ou d’attention fervente, ou encore occupé à grignoter quelques restes de nourriture. Le rat symbolise également le désir et l’avidité qui sous l’influence de Ganesh deviennent contrôlés. La souris à ses pieds est son véhicule ; elle représente l’atman ou le Soi éternel.

     Le mantra

Bien que je ne vous fasse pas souvent chanter des mantras, c’est une voie à part entière ; certains pratiquants ne réalisent aucune posture et se vouent uniquement aux chants. La justesse de la prononciation du mantra est très importante. Réciter ou chanter un mantra, à voix haute, le murmurer, l’intérioriser agit sur la concentration et modifie ainsi notre ambiance interne. C’est une manière de se relier à l’énergie qui est symbolisée dans une forme particulière.

La syllabe germe de Ganesh est « Gam » qui représente l’union du macrocosme et du microcosme.

Le mantra complet est Om Gam Ganapataye Namaha.

Om, le son de l’univers, Gam, la syllabe germe, Ganapataye, un autre nom donné à Ganseh, le briseur d’obstacles. Namaha, je m’incline, c’est l’hommage.

Bibliographie  Alain Danielou, Le polythéisme hindou, éd. Du Rocher 1994.Namasté  Annie